Monsieur le Ministre,
Nous avons pris connaissance de votre courrier appelant à un sursaut collectif face à la violence à l’école. Nous partageons pleinement votre préoccupation. La violence et le harcèlement abîment les élèves, fragilisent les personnels et inquiètent profondément les familles.
Les parents ont pleinement conscience de leur rôle éducatif essentiel et nous essayons, avec les moyens qui sont les nôtres, d’assumer nos responsabilités dans la mobilisation collective que vous appelez de vos vœux.
Nos enfants sont plus que jamais en souffrance. Leur santé mentale se dégrade : anxiété, isolement, perte de repères, souffrance psychologique… Ces fragilités ressurgissent au sein même des établissements. Elles ne sont pas marginales et constituent aujourd’hui un enjeu central du climat scolaire.
La violence est un cercle vicieux. Lorsqu’un climat se tend, que les adultes sont débordés, que les élèves se sentent incompris ou insuffisamment accompagnés, les tensions s’accumulent et peuvent s’exprimer de manière brutale. C’est pourquoi la réponse ne peut être uniquement morale ; elle doit être structurelle et préventive.
Nous, parents, sommes aussi, bien souvent, démunis face à la souffrance de nos propres enfants. Nous restons en errance face au manque d’interlocuteurs, de relais et de professionnels aguerris pour accompagner ces situations complexes, qu’il s’agisse de violence ou de harcèlement.
Parler à nos enfants ne suffit plus, Monsieur le Ministre.
Protéger nos enfants exige une politique éducative ambitieuse, cohérente et pleinement dotée. En effet, la sécurité et la protection des élèves relèvent d’abord de la responsabilité de l’institution. Elles nécessitent une présence stable et suffisante d’adultes formés dans chaque établissement.
La violence en milieu scolaire ne doit pas être une fatalité.
Où sont les infirmières scolaires quand les élèves ont besoin d’écoute, de soins et de repères ?
Où sont les médecins scolaires quand les délais pour consulter s’allongent ?
Où sont les psychologues de l’Éducation nationale face à l’augmentation des situations de détresse ?
Où sont les assistantes sociales pour accompagner les familles en difficulté ?
Où sont les AESH en nombre suffisant et avec un statut sécurisé pour garantir une inclusion effective ?
Où sont les personnels de vie scolaire nécessaires pour prévenir, repérer et réguler les tensions ?
Où sont les enseignants remplaçants quand la continuité pédagogique est fragilisée ?
La prévention de la détresse, l’accompagnement des fragilités et des besoins particuliers, ainsi que la reconstruction du lien éducatif exigent du temps, des compétences spécifiques et des moyens humains renforcés pour faire face aux difficultés croissantes. Les personnels sont aujourd’hui confrontés à des situations de plus en plus complexes : gestion de conflits récurrents, repérage des signaux de mal-être, accompagnement d’élèves en souffrance psychologique, prévention active et prise en charge du harcèlement. Demander aux équipes d’assumer toutes ces responsabilités sans leur garantir une formation adaptée et sans leur donner les outils nécessaires fragilise inévitablement les élèves qu’elles ont pour mission d’accompagner et de protéger.
Les familles ne peuvent se substituer aux missions régaliennes de l’État. La mobilisation que vous appelez de vos vœux doit donc s’appuyer sur des engagements concrets : renforcement des équipes médico-sociales, formation adaptée des personnels, sécurisation du statut des AESH, amélioration de l’encadrement éducatif, stabilité des équipes et moyens à la hauteur des besoins.La santé mentale nous a été présentée comme une grande cause nationale : il faut y mettre les moyens.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre considération respectueuse.
La FCPE 78


